La mer, grande absente des stratégies territoriales…

La mer occupe les deux tiers du globe. C’est depuis longtemps un enjeu majeur en termes de géopolitique et de géostratégie, et son importance en termes de commerce international n’est plus à démontrer. La pêche tient une grande place dans les représentations de la mer. 30% du pétrole ou du gaz sont extraits en mer, l’essentiel des communications mondiales empruntent les câbles sous-marins, les parcs éoliens offshore se multiplient en Mer du Nord…

Pourtant, la mer ne tient encore qu’une place très modeste dans les stratégies territoriales : même littoraux, les territoires ont des difficultés à s’approprier ces espaces proches mais peu accessibles, et à y étendre leurs plans et leurs projets. L’espace terrestre (y compris, et souvent surtout, sa frange littorale) concentre les convoitises, les projets, les plans, les stratégies et les politiques, mais l’espace maritime et les ressources marines – pourtant partagés et publics – restent pour l’essentiel le sujet des seuls acteurs maritimes, les politiques s’y limitant souvent au simple encadrement réglementaire des activités privées.

Intervention Radio Algérie – 2017

Ecoutez notre intervention dans l’émission hebdomadaire Impact sur Radio Algérie consacrée à l’économie bleue.

L’économie bleue : une nouvelle vision de la mer

Apparu depuis quelques années, le concept « d’économie bleue » traduit la prise de conscience par les acteurs et décideurs « terriens » de l’importance potentielle de la mer dans l’économie mondiale future. L’humanité découvre ou redécouvre ce que la mer peut lui apporter : de nouvelles ressources (biologiques, minérales, énergétiques), et de nouveaux espaces (rendus accessibles par les progrès gigantesques de l’industrie offshore dans les dernières décennies). Cultures marines, biotechnologies, extraction de matériaux et de métaux, production d’eau douce, énergie éolienne, hydrolienne et thermique : tout ceci est désormais possible à grande échelle. Les enjeux de l’économie bleue sont donc les ressources, les matières premières et l’espace, mais aussi les enjeux financiers et les emplois associés.

Les bases de l’Economie Bleue:

  • les ressources marines, biologiques, minérales, énergétiques;
  • l’espace maritime, de la côte au grand large;
  • la connaissance, science et savoir-faire;
  • la culture maritime, patrimoine et traditions;
  • la coopération;
  • les infrastructures et les services;
  • le capital financier.

Et les territoires littoraux ?

L’ECONOMIE BLEUE concerne bien sûr les usagers professionnels de la mer,  mais aussi les territoires qui accueillent leurs activités.  Aujourd’hui, les territoires littoraux bénéficient pourtant peu des activités maritimes et littorales qu’ils accueillent et auxquelles ils fournissent une multitude de services (ports, ressources, espace, réseaux, formation, connaissances…) en échange de retours souvent limités ou peu équilibrés (emplois saisonniers ou sous-qualifiés, retour nul ou négatif sur leurs investissements : ports…, conflits entre résidants et occupants de passage..).

Les stratégies territoriales maritimes doivent permettre aux territoires de capter la valeur de l’économie bleue et d’en maîtriser les impacts

A toutes les échelles (locale, régionale, nationale), les territoires littoraux peuvent s’organiser pour mieux valoriser leur capital territorial maritime, capter plus de valeur de ces activités qui l’exploitent, et mieux protéger leur patrimoine menacé aussi bien par les activités maritimes que par les activités terrestres et au final créer ou relancer une dynamique territoriale maritime.

LE CAPITAL MARITIME ET LITTORAL, au centre des stratégies territoriales

Chaque territoire dispose d’un capital maritime et littoral plus ou moins important, dont il est rarement conscient.

C’est ce capital qui est utilisé par les activités maritimes et littorales. Le territoire doit se l’approprier et le développer, s’il veut recevoir le juste bénéfice de cet usage.

Capital naturel

* Le patrimoine naturel (écosystèmes et services associés), qui doivent être préservés

* Les ressources naturelles marines exploitables, renouvelables au moins en principe (biologiques, énergétiques) ou épuisables (minérales)

* L’espace maritime et littoral

Capital humain

* Culture, patrimoine, traditions

* Connaissance, savoirs et savoir-faire

* Gouvernance et capacités à collaborer

Capital technique et financier

* Infrastructures maritimes et côtières (ports, réseaux…) et services (communications, météo, etc.)

* Capital financier contrôlé par le territoire et services associés

Ce capital est exploité par des activités maritimes et littorales, qui le valorisent mais parfois le menacent (surexploitation, destruction, pollution…) ; leur objectif n’est pas nécessairement de produire le maximum de retour pour le territoire… Quelques exemples.

  • la croisière de masse, exigeante en matière d’infrastructures publiques  – qu’elle utilise d’ailleurs peu, apporte peu de retour pour les villes et les régions d’escale (ce qui est logique, ce secteur privilégiant le « all-inclusive » et les dépenses à bord), périodiquement submergées par des vagues de touristes pressés (la fraction des passagers qui débarquent) concentrées sur quelques attractions localisées ; il y a pourtant une large gamme de types de croisière, dont certains valorisent beaucoup mieux les atouts du territoire, et lui apportent plus de retours (emplois et valeur ajoutée) ;
  • la plaisance exige des investissements lourds (souvent financés par les territoires) et des espaces littoraux rares, occupés presque en permanence par des navires construits ailleurs et qui ne naviguent en moyenne au bilan que quelques jours par an ;
  • la pêche fournit des emplois permanents de plus en plus rares, et contribue à l’image « maritime » du territoire, mais elle en exige des infrastructures et des soutiens, alors que l’essentiel de la valeur ajoutée de la pêche est souvent capté hors du territoire littoral
  • les résidences secondaires (im)mobilisent l’espace, exigent des infrastructures surdimensionnées (réseaux, stations d’épuration…), pour un taux d’usage faible et des retombées locales réduites (emplois saisonniers).

Cette situation n’est pas une fatalité, et les territoires peuvent parfaitement prendre ou reprendre en main leur destin maritime, aujourd’hui défini essentiellement par des acteurs extérieurs au territoire. Ceci passe par un diagnostic objectif et complet.

L’économie bleue pour un territoire littoral ne se limite donc pas aux activités marchandes, mais c’est un ensemble :

  • un capital maritime et littoral,
  • entretenu et valorisé par des activités maritimes et littorale à finalité non marchande (protection, régulation, construction d’infrastructures, services de soutien…), qui génèrent un nombre croissant d’emplois souvent locaux;
  • et exploité par des activités marchandes (production de biens et de services).

Au-delà de la vision classique (“développer les activités marchandes”), on s’intéresse aux enjeux spécifiques au territoire:

  • Protéger, développer et valoriser au mieux le capital
  • Capter sur le territoire le maximum de valeur et d’emplois associés aux activités maritimes
  • Stratégies territoriales maritimes et littorales : notre approche

    Une méthodologie rigoureuse pour évaluer le potentiel maritime et littoral et élaborer des stratégies pour le valoriser sur le territoire

Cette étape a pour objectif d’identifier les éléments stratégiques du capital, les éléments patrimoniaux (à conserver et protéger), ce qui peut être valorisé.

Elle prend en compte non seulement l’espace proche du littoral concerné (ex. : mer territoriale), mais au-delà tout l’espace maritime dont le territoire peut tirer des bénéfices, en termes de ressources comme en termes de valorisation de ses savoir-faire et de ses capacités techniques et des infrastructures (par exemple, les zones de pêche lointaine des navires basés sur le territoire).

Les données utilisées sont des données secondaires (synthèses, études, articles scientifiques) ; en cas de besoin, des études particulières peuvent être réalisées (ex : occupation de l’espace maritime par les activités, etc.)

Elle adopte le point de vue du territoire, et non le point de vue classique des activités et des acteurs économiques. Au-delà de la valeur globale générée par ces activités, on s’intéresse particulièrement à la part de la valeur ajoutée qui revient au territoire (retour sur investissements, bilan des soutiens directs et indirects, localisation des emplois générés, part de la chaîne de valeur captée par le territoire, « retombées » indirectes rarement quantifiées précisément).

L’analyse se concentre donc sur les composantes territoriales de la chaîne de valeur, et notamment sur le contrôle qu’exerce le territoire sur la répartition de la valeur, par exemple à partir du capital maritime (ex. installations portuaires, soutiens, contrôle du capital financier…).

La chaîne de valeur des activités maritimes et ses liens avec le territoire: exploitation des ressources et de l’espace, impacts sur le patrimoine, exploitation de connaissances, d’infrastructures ; utilisation du capital financier du territoire; production de biens et services sur le territoire; génération d’emplois et de valeur ajoutée…

Dans certains cas, l’activité exploite les ressources et l’espace et y a des impacts, mais n’y génère aucune valeur. Par exemple, le transport maritime international en transit utilise l’espace, impacte l’environnement, exploite gratuitement les services (météo, sécurité, cartographie…), mais ne génère aucun retour sur le territoire.

  • Les activités maritimes et littorales
    • Leur analyse prend en compte leur maturité (émergent, mature, en déclin…) et leur potentiel futur (ressources, espace ou savoir-faire disponibles…). Les recommandations visent en particulier à maximiser les retours économiques (emplois, valeur) ou non (image, connaissance…) vers le territoire, et à développer les synergies entre activités (« clusters »…) et l’innovation.

La synthèse (présentée par exemple sous la forme d’un SWOT) permet de proposer des  recommandations et des orientations stratégiques couvrant en particulier :

  • le capital maritime et littoral :
    • patrimoine naturel, espace et ressources : protection, gestion, exploitation ;
    • capital humain : connaissance, éducation, culture maritime, gouvernance maritime ;
    • capital technique : infrastructures, services associés, et capital financier ;

Exploitation des résultats de ces études

Le diagnostic stratégique identifie les enjeux majeurs pour le territoire, et ceux pour lesquels il dispose de leviers d’action : c’est donc la base de toute stratégie maritime et littorale. Les résultats peuvent ainsi alimenter :

  • Préparation de planification de l’espace maritime (PEM), par exemple à l’échelle d’une façade maritime ou d’un bassin maritime ultra-marin
  • Préparation de stratégies et de plans de gestion (parcs naturels marins…)
  • Préparation d’un volet maritime de SCOT ou de SRADDET
  • Stratégies à l’échelle de régions ou départements littoraux
  • Stratégies nationales « Economie bleue ».

Notre expérience

Depuis 2014, SML a mis en œuvre cette approche innovante dans un large spectre de situations, en France et à l’étranger, au bénéfice d’acteurs publics désireux de développer l’attractivité de leur territoire ou de développer une vision stratégique de leur développement maritime et littoral, par exemple :

  • Intercommunalité (préparation du volet maritime de SCoT)
  • Département et région (stratégie territoriale, volet maritime de SRADDET)
  • Etats (rive sud de la Méditerranée) dans le cadre de la coopération européenne
  • Mers régionales (Méditerranée, Mer Noire) dans le cadre de la coopération régionale européenne.

Pour mener à bien ces études complexes, SML s’appuie sur une connaissance approfondie des activités maritimes et littorales, des politiques maritimes et littorales à tous niveaux, et des instruments de planification et de régulation existants, et un réseau international d’experts.

Références

Participation : préparation à l’élaboration de la stratégie maritime et littorale de la région Bretagne. Les résultats sont disponibles ici.

Participation : Diagnostic stratégique pour le Défi Mer et Littoral en Loire-Atlatique. Les résultats sont disponibles ici.